Stimming chez l’adulte autiste : comprendre, accepter et stimmer en paix

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Si vous avez tapé stimming autisme adulte dans Google, vous êtes au bon endroit 🙂

Vous balancez la jambe sans vous en rendre compte ? Vous répétez une phrase dans votre tête en boucle ? Vous tapotez vos doigts quand l’angoisse monte ? Et peut-être que, depuis un diagnostic récent, vous commencez à voir ces gestes différemment. Vous leur trouvez enfin un nom.

Le stimming, ou autostimulation, c’est exactement ça : des gestes répétitifs qui aident à décharger une surcharge sensorielle, émotionnelle ou cognitive.

Dans cet article, je ne vais pas vous expliquer comment arrêter de stimmer. Je vais vous expliquer pourquoi vous ne devriez pas chercher à le faire, et comment trouver vos propres façons de stimmer en paix, y compris dans les moments où la discrétion peut s’imposer. J’y mêle ce que je sais en tant qu’hypnothérapeute spécialisée en neuroatypie, et ce que je vis moi-même, en tant qu’autiste diagnostiquée tardivement.

Le stimming chez l’adulte autiste : pourquoi il ne faut pas chercher à l’arrêter

Le stimming : une soupape de décharge (et tellement pas un défaut à corriger)

Le stimming, c’est tous ces gestes répétitifs qu’on fait pour décharger une tension. Se balancer, tapoter des doigts, répéter une phrase dans sa tête. Chez les autistes, ce mécanisme est plus fréquent, plus nécessaire, et souvent (mais pas toujours) plus visible.

Quand il y a surcharge sensorielle, émotionnelle ou cognitive, le corps a besoin de décharger cette énergie quelque part. Cette surcharge peut venir de plusieurs endroits à la fois. C’est souvent un mélange de tout ça :

  • Les transitions, changer d’activité, de lieu, de rythme
  • La surcharge sensorielle, le bruit, la lumière, la foule
  • Un stress ou une émotion forte
  • L’ennui, ou au contraire la sous-stimulation

Pour ma part, je ne sais pas toujours lequel déclenche quoi. Parfois c’est tout à la fois.

Le stimming, c’est donc une sorte de décharge. Si on l’empêche, l’énergie ne disparaît pas. Elle reste coincée. Et elle ressort autrement, plus tard, en crise autistique, en épuisement, parfois en dépression.

Donc non, l’objectif de cet article n’est pas de vous apprendre à arrêter de stimmer. C’est tout l’inverse. L’objectif, c’est d’apprendre à stimmer en paix. (oui, comme dans la chanson de Stephan Eicher, pardon si du coup je vous l’ai mise dans la tête 😉 )

Stimming visible, stimming caché : pourquoi les autistes diagnostiqués tardivement masquent sans le savoir

Il y a une chose qu’on ne dit pas assez sur le stimming : il ne se manifeste pas toujours de la même façon selon le moment de la vie où on grandit avec.

Un enfant autiste qui stimme n’a pas encore appris à se cacher. Il se balance, il fait du flapping avec les mains, sans filtre, parce que personne ne lui a encore enseigné, consciemment ou pas, que ça pose problème aux yeux des autres.

Mais grandir en étant autiste sans le savoir, c’est grandir en recevant  les mêmes retours sociaux plus ou moins culpabilisants : les regards, les remarques, les « arrête de bouger comme ça », «arrête de te balancer », « arrête de faire l’autiste », « ne te tripote pas les doigts», « tiens-toi tranquille » etc. Sans connaître le mot stimming, sans même savoir qu’on est autiste, on apprend quand même à se faire discret. Chanter une chanson dans sa tête, en boucle, ça ne se voit pas. Toucher discrètement une partie de son visage, ça passe inaperçu.

C’est ce que j’appelle ruser sans le savoir. Le besoin de décharge était là depuis toujours. Le mécanisme aussi. Mais il s’est construit en silence, masqué, des années avant qu’un diagnostic vienne y mettre des mots.

Mon expérience du stimming depuis mon diagnostic

Depuis mon diagnostic, je vois de plus en plus de stimmings que je faisais, et que je fais encore, sans m’en rendre compte.

  • Me balancer sur une chaise
  • Chanter dans ma tête
  • Répéter des phrases en boucle
  • Ruminer une idée, une obsession, à l’infini
  • Tapoter mes doigts quand je suis nerveuse
  • Frapper fort les lettres du clavier
  • Passer ma main sur mon visage
  • Toucher ma bouche
  • Agiter mes doigts de pied
  • Un tremblement dans les jambes
  • Bouger mon nez de droite à gauche, comme ma sorcière bien-aimée, sauf qu’il n’y a pas de magie 🙂

Toute cette liste, je la faisais déjà avant mon diagnostic. Je ne savais juste pas que ça avait un nom. Je ne savais pas que ça servait à quelque chose.

Le paradoxe de la conscience : quand comprendre son stimming change la donne

En privé, je stimme plus librement depuis mon diagnostic

Depuis mon diagnostic, quelque chose a changé. Ce que je faisais automatiquement, sans y penser, sans même le voir, est devenu conscient. Démasqué, à mes propres yeux.

Et en privé, je dirais que ça m’a libérée. Avant, je stimmais déjà, mais sans le savoir, sans comprendre le mécanisme. Maintenant, quand je ne suis pas en public, le stimming me vient sans que j’y pense, et je sais ce qu’il fait pour moi. Je le fais sans me juger.

Je ne vais pas vous dire que la honte a totalement disparu. Elle est encore là, par moments, surtout quand un stim m’échappe devant quelqu’un. Mais elle pèse beaucoup moins lourd qu’avant le diagnostic.

Il y a quelque chose de particulier à connaître enfin le nom et la fonction de ce que votre corps fait depuis toujours. Ça enlève une couche de honte qui était là avant, même quand on ne savait pas la nommer. On peut se balancer sur sa chaise, tapoter ses doigts, répéter une phrase en boucle, et se dire simplement : voilà, c’est juste ça, c’est mon système nerveux qui se régule. Pas un tic bizarre. Pas un truc à cacher de soi-même.

En privé, le diagnostic n’a pas créé le besoin de stimmer. Il a juste retiré le jugement qu’on posait dessus sans le savoir.

En public, le masquage devient un effort cognitif plus lourd

Mais cette même conscience qui libère en privé complique les choses en public.

Avant le diagnostic, le masquage était automatique. Je rusais sans le savoir, sans effort apparent, parce que je ne savais même pas que je rusais. C’était fluide, intégré, invisible à mes propres yeux.

Depuis le diagnostic, masquer demande un effort cognitif que je ne soupçonnais pas avant. Ce qui se faisait tout seul demande maintenant de la vigilance, de la retenue, parfois un effort que je n’arrive plus à fournir. J’ai l’impression de régresser : il y a des choses que je pouvais faire facilement avant, sans avoir à y penser, que j’ai du mal ou que je n’arrive plus à faire maintenant.

Pourtant, dans le fond, ce n’est pas une régression. C’est l’inverse. C’est le prix de la conscience. Tant que le mécanisme restait invisible à mes propres yeux, il ne me coûtait rien de le maintenir. Maintenant que je le vois, le masquer demande une dépense d’énergie que je n’avais jamais eu à calculer avant. Et, d’une certaine manière, ça me force à préserver mon énergie.

Je ne peux plus, et peut-être que je ne veux plus, faire semblant d’être « normale ».

Le cas de la cigarette : un stim caché que je n’avais jamais identifié comme tel

Il y a un stim que je n’avais peut-être jamais identifié comme tel, et qui m’a sauté aux yeux récemment : la cigarette.

Une cigarette, c’est un geste répétitif main-bouche. Une respiration longue et rythmée. Une stimulation orale. Et surtout, un rituel ultra prévisible. Tout ce qu’un stim peut faire, la cigarette pourrait le faire aussi.

Chez moi, c’est souvent dans les transitions que ça s’exprime. Changer d’activité, sortir d’une période de concentration intense, l’attente, le stress social. Ça correspond, en tout cas, au profil d’un stim de régulation : il se déclencherait au moment où le système nerveux a besoin de marquer une pause, un cap.

Ce qui rendrait la cigarette particulière, par rapport à se ronger les ongles ou répéter une phrase dans sa tête, c’est qu’elle est socialement légitime. Personne ne vous regarde bizarrement quand vous fumez, alors qu’on remarque vite quelqu’un qui se balance ou qui bat des mains. La cigarette donnerait alors une raison acceptable de s’isoler, de marquer une transition, d’évacuer une tension interne. Un stim caché à la vue de tous, presque parfait, si l’hypothèse se confirme.

Je ne peux pas en être certaine. Mais rien que d’écrire ce paragraphe et d’y penser, j’ai fumé deux cigarettes 🙂

Accepter son stimming et trouver ses propres stratégies pour le vivre en paix

Pourquoi on masque

On ne va pas se mentir : le stimming est mal jugé par la société. Ce n’est pas pour rien qu’on apprend à masquer.

Se balancer, battre des mains, répéter des phrases à voix haute, ça attire les regards. Ça suscite des remarques, parfois de la moquerie, parfois de la pitié mal placée. Personne ne décide de masquer par caprice ou par excès de pudeur. On masque parce que la société renvoie, très tôt et très clairement, que ces gestes ne sont pas acceptables.

Et masquer a un coût. Un coût qui ne se voit pas tout de suite, mais qui s’accumule. C’est exactement le mécanisme que je décris dans mon article sur le burnout autistique : le camouflage social permanent, heure après heure, jour après jour, finit par épuiser. Retenir son stimming, c’est une dépense d’énergie cognitive de plus, ajoutée à toutes les autres dépenses du masquage social.

Donc avant de culpabiliser de stimmer, ou de culpabiliser de masquer, il faut remettre les choses à leur place. Le problème n’est pas votre stimming. Le problème, c’est un environnement social qui ne le tolère pas encore assez.

Personnellement, je ne parle de mon stimming qu’à un cercle très restreint : d’autres personnes autistes, ou des proches en qui j’ai une confiance totale. Et c’est normal. Parler de son stimming, c’est déjà un acte de confiance en soi. Autant vous dire que je fais là maintenant pour vous qui lirez cet article est une exception. Et, ça aussi, ça me donne indirectement la preuve que jour après jour, je m’accepte telle que je suis, en essayant de ne pas me juger, du mieux que je peux.

Des outils pour stimmer plus discrètement (stim toys, tapotement bilatéral)

Stimmer discrètement, ça s’apprend aussi avec des outils. J’ai testé plusieurs stim toys, ces objets conçus pour aider à l’autostimulation de façon plus pratique ou plus discrète.

Il y a les petits porte-clés à picots, comme le Little Ouchies Pain Fidget, qu’on peut presser et triturer sans bruit dans une poche ou sous une table. Il y a aussi le cube infini, ce petit cube qu’on déplie et replie sans fin, parfait pour les mains qui ont besoin de bouger pendant une réunion ou un appel. Et le Tangle, ce jouet à torsion qu’on tourne dans tous les sens, qui occupe les doigts sans attirer le regard.

Mais ce qui m’aide le plus, en dehors des stim toys classiques, c’est le poids. J’ai une couverture lestée, et peu importe la marque, c’est le poids qui compte, pas l’étiquette. Et j’ai une peluche lestée, celle-là je la recommande vraiment, une Hug-A-Lumps. Quand je stresse ou que j’angoisse, ce contact doux et enveloppant me calme immédiatement. C’est aussi une forme de stimming : la pression profonde régule le système nerveux, exactement comme le tapotement ou le balancement.

Je n’ai aucune action dans ces marques, aucun partenariat. Je vous en parle simplement parce que ça m’aide, moi. Le stimming est très personnel : ce qui fonctionne pour moi ne fonctionnera peut-être pas pour vous. La seule façon de savoir, c’est de tester.

Il y a aussi des outils plus doux, pensés spécifiquement pour les profils neuroatypiques. Je pense par exemple à L’Enracinante, une tisane formulée pour le calme et la sérénité des profils atypiques (TDAH, TSA, hypersensibilité), créée par Douladilune en collaboration avec une praticienne en phytothérapie. Ce genre de rituel, une boisson chaude à un moment de la journée, peut lui aussi devenir un point d’ancrage, une transition douce, presque un stim en soi.

Et puis il y a un outil que j’enseigne systématiquement à mes clients neuroatypiques : le tapotement bilatéral. C’est un geste simple, on se tapote alternativement les deux bras ou les deux cuisses, à un rythme régulier. Chaque personne trouve l’endroit qui l’apaise le plus. Sur les bras, c’est souvent doux et tendre, presque comme un câlin qu’on se fait à soi-même.

Ce tapotement a une double fonction. C’est un ancrage de calme, qui aide à réguler le système nerveux dans un moment de stress ou de surcharge. Et c’est aussi, sans que la plupart des gens y pensent, un stim discret. Personne ne s’étonne de voir quelqu’un se tapoter doucement les bras. C’est presque invisible, et pourtant ça décharge.

J’ai une cliente qui utilise le tapotement avant chaque examen médical, dans la salle d’attente, pour s’apaiser. J’ai un client qui avait une phobie de la conduite : il tapote maintenant sur le volant dès qu’il sent l’angoisse monter, et ça l’aide beaucoup. Et j’ai entendu plusieurs enfants me dire qu’ils utilisent le tapotement pour chasser les monstres, ou chasser la peur.

Le geste est simple. Mais il fait exactement ce que fait le stimming : il donne au corps un endroit où décharger ce qu’il ne peut pas garder.

Stimmer n’est pas un problème à résoudre, c’est un besoin à honorer

Au fond, tout ce qu’on vient de voir tourne autour d’une seule idée : le stimming n’est pas un problème à résoudre.

Vous n’avez pas à apprendre à ne plus stimmer. Vous avez le droit de vous balancer, de tapoter, de répéter une phrase dans votre tête, de serrer un objet dans votre main. Ce sont des besoins, pas des défauts.

Ce qui peut s’apprendre, en revanche, ce sont des façons de le faire qui vous coûtent moins cher socialement, quand le contexte l’exige. Un stim toy dans une poche. Un tapotement discret sur la cuisse. Une tisane qui marque une pause. Ce n’est pas pour vous cacher. C’est pour continuer à vous réguler, même dans les moments où stimmer ouvertement n’est pas une option.

Et le jour où vous serez en sécurité, seul, en privé, avec des gens de confiance : stimmez sans vous excuser. Votre système nerveux sait ce dont il a besoin.

Conclusion

Le stimming n’a jamais été le problème. C’est votre corps qui vous parle, qui vous dit ce dont il a besoin pour tenir debout.

Pendant longtemps, j’ai stimmé sans le savoir, sans le nommer, en rusant pour rester socialement acceptable. Aujourd’hui, je connais le nom de ce que je fais. La honte est toujours là par moments, mais elle pèse beaucoup moins lourd qu’avant.

Vous n’avez rien à arrêter. Vous avez peut-être des stratégies à ajouter à ce que vous faites déjà.

Si le masquage au quotidien vous épuise, si vous portez seul ce que personne autour de vous ne comprend, on peut en parler ensemble.

Envie d’avancer sur votre rapport à votre stimming, à votre neuroatypie ou à un trauma ?

Je suis hypnothérapeute à Perpignan, également en visio, spécialisée en neuroatypie (autisme, TDA/H, HPI) et en libération des traumatismes avec l’Hypnorésonance(s). On peut avancer ensemble, à votre rythme.

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