Si l’on vous dit : « fermez les yeux et imaginez une pomme », pour l’immense majorité des gens, une image apparaît, plus ou moins nette.
Mais pour certains d’entre nous, c’est le noir complet. Rien. Juste le concept de la pomme, sa définition, mais aucune « photo » interne. C’est ce qu’on appelle l’aphantasie.
Une petite vidéo sur le sujet, où j’aborde « en images » mon incapacité à créer des images mentales !
Qu’est-ce que l’aphantasie et l’hypophantasie ?
Définitions
L’aphantasie n’est pas une absence d’imagination, c’est une absence d’imagerie mentale volontaire.
C’est ce que les chercheurs appellent parfois la « cécité de l’esprit ».
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L’aphantasie : c’est l’incapacité totale de visualiser. On sait ce qu’est un objet, mais on ne le « voit » pas dans sa tête.
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L’hypophantasie : c’est une capacité de visualisation mentale très faible, floue ou décolorée. C’est un peu comme essayer de regarder une vieille télé avec une mauvaise réception 🙂.
Les chiffres sont parlants : on estime qu’entre 2 et 5 % de la population est concernée.
La grande majorité des gens (environ 95 %) sont donc des « visuels » qui projettent des films en haute définition dans leur tête sans même y penser (les veinards !).
👉 Le saviez-vous ? Vous pouvez tester votre propre niveau de visualisation avec le test officiel VVIQ (Vividness of Visual Imagery Questionnaire) disponible ici : https://aphantasia.com/study/vviq.
Le choc de la découverte et le lien avec la neuroatypie
Pour beaucoup, la découverte de l’aphantasie est un véritable choc.
On réalise soudain que quand les autres parlent de « visualiser leur réussite » ou de « compter les moutons », ils ne parlent pas d’une métaphore, mais d’une réalité physique.
En tant qu’autiste, j’ai découvert que ce lien n’est pas un hasard. Les recherches récentes en neurosciences montrent une prévalence beaucoup plus élevée de l’aphantasie chez les personnes autistes.
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Le câblage cérébral : chez les aphantasiques, la connexion entre le cortex frontal (qui commande l’image) et le cortex visuel (qui l’affiche) est plus faible.
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Le style cognitif : notre cerveau privilégie souvent le traitement des données, de la logique et des concepts plutôt que la simulation sensorielle.
C’est une autre manière d’être au monde : nous ne pensons pas moins, nous pensons différemment. Nous ne sommes pas « en panne », nous fonctionnons simplement avec un autre système d’exploitation.
Naviguer dans un monde visuel : le paradoxe de la pensée par constellation
L’aphantasie influence concrètement notre manière d’interagir avec le monde.
Puisque nous n’avons pas de « modèle 3D » interne, nous développons des stratégies uniques de traitement de l’information.
Le paradoxe de la pensée par constellation
On me demande parfois : « si tu ne vois pas d’images, tu penses donc par concepts ? ». La réponse est plus subtile.
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La pensée bottom-up (ou par morceaux) : mon cerveau ne part pas d’une idée globale pour aller vers les détails. Il fait l’inverse. Si vous me dites « chien », je ne vois pas de chien. Je convoque une constellation de données brutes : le son « ouaf », l’étiquette sonore du mot « chien », la texture rêche du poil, l’humidité de la bave, une sensation de peur ou d’affection. C’est l’accumulation de ces morceaux auditifs et sensoriels qui finit par former l’ensemble « chien » 🐕. C’est ce qu’on appelle le bottom-up thinking.
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Le problème du conceptuel classique : j’ai souvent du mal avec ce qu’on appelle « conceptuel » (géométrie, philosophie abstraite). Pourquoi ? Parce que ces matières manipulent des « boîtes vides ». Elles nous demandent de comprendre une généralité avant de nous donner les données brutes. Sans briques (le son, le toucher, le fait concret), mon cerveau n’a rien à construire.
Des défis quotidiens souvent invisibles
Vivre avec une aphantasie ou une hypophantasie, c’est un peu comme gérer une immense base de données sonore et sensorielle sans jamais avoir accès à l’interface graphique.
Cela demande une adaptation constante et des stratégies de compensation créatives au quotidien.
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La lecture sans images : les longs paragraphes de descriptions me paraissent être du « bruit textuel ». Comme mon cerveau ne construit pas le décor, je les survole souvent pour me concentrer sur l’action et les dialogues. De même, mes héros n’ont pas de visages fixes : leur apparence peut fluctuer au fil des pages tant qu’un détail factuel n’est pas rappelé par l’auteur.
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La création sans modèle interne : peindre ou dessiner quelque chose de réaliste est un défi majeur. Sans « photo » dans la tête pour guider la main, chaque trait est une déduction logique basée sur des faits mémorisés plutôt qu’une reproduction visuelle.
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L’appréhension de l’espace et des masses : imaginer de grands espaces ou de grosses sommes d’argent reste abstrait. Ce sont des chiffres, des informations auditives ou des souvenirs de déplacements, pas des volumes que l’on « voit » devant soi.
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Le quotidien et les objets perdus : choisir une tenue ou un meuble est complexe sans les voir physiquement côte à côte, car je ne peux pas « visualiser » l’association. De même, si je cherche mes clés, je suis incapable de « rembobiner le film » de ma journée pour voir où je les ai posées ; je dois refaire le chemin physiquement ou logiquement.
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La reconnaissance des personnes : ne pas pouvoir « revoir » un visage oblige à mémoriser des listes de traits auditifs et analytiques. C’est une mémorisation précise (forme des lunettes, démarche, timbre de voix) mais qui demande une énergie cognitive folle et… pas toujours efficace 🙂 Régulièrement, je confonds les gens ou, pire, je ne les reconnais pas !
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Le visage de l’absence : c’est sans doute l’un des points les plus sensibles. Ne pas pouvoir revoir volontairement le visage d’un proche disparu rend le deuil très particulier. Les photos deviennent alors des ancres vitales pour maintenir le lien avec le souvenir.
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La projection dans l’avenir : prévoir un événement lointain ou s’imaginer dans dix ans est un exercice d’abstraction pure. Personnellement, j’en suis incapable.
Trauma : une résilience à nuancer
On pourrait croire que ne pas avoir de flashbacks visuels est une « chance ».
En réalité, c’est beaucoup plus complexe. Si l’image violente est absente de l’écran mental, le trauma s’exprime par d’autres canaux tout aussi percutants :
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Les flashbacks auditifs et sensoriels : un cri, un bruit spécifique ou une sensation physique peuvent percuter le cerveau avec une force intacte. L’absence de visuel ne diminue pas la violence du choc, elle peut même la rendre plus brute.
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L’hypnorésonance : même sans imagerie, le corps et l’esprit entrent en résonance avec une fréquence traumatique. On « vibre » à la fréquence de l’événement. C’est ce mécanisme que j’explore en thérapie avec l’hypnorésonance(s).
Midjourney et l’ia : l’interface graphique de nos mondes intérieurs
Le paradoxe de l’aphantasie est là : posséder une imagination débordante, mais manquer de « moyens de transport » pour l’amener jusqu’au visuel.
C’est ici que l’intelligence artificielle devient un véritable miracle (si, si !).
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Sortir de l’isolement communicationnel : je peux enfin montrer aux gens ce qu’il y a dans ma tête. Ce n’est plus seulement une description, c’est une image concrète qui valide ma vision créative.
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L’ia comme moteur de synthèse : là où mon cerveau traite des « morceaux », Midjourney agit comme l’outil d’assemblage. Je lui donne ma constellation de faits, et elle me rend la « vue d’ensemble » que je ne peux pas construire seule.
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Le lien avec les images hypnagogiques : ces flashs visuels que l’on aperçoit parfois juste avant de s’endormir prouvent que le « projecteur » interne existe. Midjourney (une IA générative d’image) me permet de ramener ces éclats de beauté dans le monde de l’éveil.
Réinventer l’accompagnement et l’hypnose
Comprendre ce fonctionnement change tout dans ma pratique de l’hypnose.
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Adapter les suggestions : au lieu de « visualiser un escalier », on travaille également sur le ressenti du mouvement ou sur des concepts tangibles qui font sens pour la personne.
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L’approche kinesthésique : pour une personne aphantasique, le corps et le verbe sont les portes d’entrée principales. On ne cherche pas à voir, on cherche à être et à ressentir l’émotion.
L’aphantasie n’est pas un manque, c’est une différence.
Avec des outils comme Midjourney, nous construisons enfin les ponts pour partager notre vision unique du monde et transformer nos ombres en lumière 💡.
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bibliographie et ressources
Études scientifiques et recherches
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Zeman, A., et al. (2015/2026) : recherches pionnières sur l’aphantasie congénitale et le fonctionnement du cortex visuel.
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PubMed (2024) : Aphantasia and autism: An investigation of mental imagery vividness
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PMC / National Library of Medicine (2024) : Hippocampal-occipital connectivity reflects autobiographical memory deficits
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eLife Sciences : Study finds link between functional brain connectivity and aphantasia
Ressources spécialisées
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Aphantasia Network : The definition and science of aphantasia
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Reframing Autism : Understanding Aphantasia and Autism
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Autism Parenting Magazine (2025) : Aphantasia and Autism: Understanding the Connection




